Ailleux, d’avant-hier à aujourd’hui…
La Préhistoire
Ailleux a une origine très ancienne confirmée par la présence de vestiges préhistoriques découverts en divers endroits de la commune par Vincent Durand au 19ème siècle. Ses fouilles aux lieux-dits Fontavin, La Croix Lugnier, la Cypierre, les Egaux, ont révélé des silex taillés et une hachette de pierre polie, conservés au Musée de la Diana à Montbrison. Leur datation les fait remonter à 3000 ans avant Jésus Christ. Un vase funéraire peint, trouvé en 1890 par Vincent Durand à Ruiller remonte à l’âge du fer : 700 ans avant Jésus Christ.
L’époque romaine
L’occupation romaine a laissé de nombreux vestiges dans la commune : voie romaine, puits, poteries, vases funéraires, fibules, peignes.
Les fouilles de Vincent Durand de 1876 à 1896 permettent de mettre au jour amphores, jattes, vases, bracelets, bagues et épingles en bronze, statuettes, pièces de monnaie en bronze à l’effigie de Titus, d’Adrien et de Domitien.
Les historiens pensent que de nombreux villages du Forez tirent leur nom des chefs des troupes romaines qui ont jadis occupé le pays. Ainsi le nom d’Ailleux dériverait du général Allius, envoyé par Rome pour combattre dans la
région. Une bataille aurait même eu lieu « aux Croix », site d’un ancien cimetière. Le vainqueur romain recevait des terres en guise de récompense et colonisait son nouveau domaine.
Le village d’Ailleux n’était pas, à cette époque, à l’emplacement actuel. Il occupait le plateau qui va des Egaux au sud, jusqu’à La Croix Lugnier au nord. Des fondations de maisons constituées de murs en pierres ont été
retrouvées aux Egaux, à Domois et à La Croix Lugnier de part et d’autre de la grande voie romaine dite d’Agrippa,
traversant la Gaule Romaine de Lyon à l’Atlantique. Cette voie romaine, large de 6 à 7 mètres, a été fouillée par Vincent Durand en 1893. Ses nombreuses chroniques, laissées à la Diana de Montbrison pour la postériorité,
relatent l’ensemble de ses recherches archéologiques et de ses découvertes. Ainsi des Egaux à la Cypierre (La Croix Lugnier) vivait une tribu regroupée autour d’endroits stratégiques et de points d’eau, attestée par la découverte de puits romains : Domois en 1896 et la Cypierre en 1970 révélant certains des vestiges précités.
Le Moyen Âge
Au Moyen Âge, Ailleux dépendait de la généralité de Lyon. Le nom d’Ailleux est pour la première fois cité en 910 lorsque le pape Sergius III le confirme à l’Eglise de Lyon sous le nom d’Aulanium. En 1209 sur l’Obituaire (registre des bienfaiteurs d’une congrégation religieuse) de l’Eglise de Lyon, son nom est Ecclesia d’Aalleu. Au Moyen Âge, les alleux étaient des fonds sur lesquels ne pesait aucune charge, aucun impôt. Ailleux appartenait néanmoins à la famille d’Urfé et acquittait des droits et la dîme au chapitre Notre Dame de Montbrison.
Le Cartulaire (registre des droits et titres de propriété d’institutions civiles ou religieuses) et la Charte du Forez nous indiquent les noms successifs portés par la commune :
910 : Aulanium
1209 : Ecclesia d’Alleu
1220 : Ecclesia de Ayliens
1225 : Ecclesia de Sesel et d’Ailleu
1264 : Parrochia d’Aailheu
1269 : Justitia de Aleu
1312 : Luminare de Ailliaco
1345 : Iter quo itur de Aillio apud Boïn
1348 : Parrochia Aylliaci Ecclesia de Aylleu
1356 : De Alhiaco
1389 : Puteus d’Alhieu
1437 : Apud Alhio
A partir du 18e siècle : Allieux
Dans un testament du 29 avril 1361, on découvre l’origine du nom de Domois : Jean Doumays a dicté son testament par devant le Chanoine Jean de Poyet de l’Eglise Sainte Marie de Montbrison, juge du Forez, par lequel il fait don, chaque année et à perpétuité, à l’officiant de l’Eglise d’Ailleux, d’un quarteron de seigle (25kg) et de six deniers tournois, tirés de son champ de Fougerouse.
La Révolution et l’Empire
En 1789, Ailleux était de la Province de Forez, archiprêtré de Pommiers, élection de Roanne, de la justice du Comté de Bussy s’exerçant à Saint-Sixte et de la maréchaussée de Montbrison. Elle devint commune à part entière après la séparation d’avec Cezay, canton de Boën et arrondissement de Montbrison.
La Révolution fit une victime à Ailleux : le notaire Noël Chazelle, propriétaire du domaine de Domois. Accusé d’être royaliste et contre-révolutionnaire, il fut arrêté sur les ordres de Javogue et exécuté à Feurs en juin 1794.
Sous la Terreur, des prêtres réfractaires furent dissimulés dans des cachettes chez l’habitant : famille Simon à Lafond et Dumas à Mialler.
Des grognards d’Ailleux ont servi sous l’Empire de Napoléon Ier : Benoit Naudin, fusilier au 9e Bataillon de Vétérans, meurt le 20 mars 1813 à Orléans ; Jean Simon, fusilier au dépôt du fort de Briançon décède à l’hôpital de Briançon le 24 mars 1814.
En octobre 1815, la contribution d’Ailleux aux réquisitions des coalisés, vainqueurs de Napoléon 1er, fut une vache et une barrique de deux cents litres de vin, livrées aux troupes autrichiennes à l’Hôpital sous Rochefort.
Les temps modernes
L’histoire contemporaine, c’est surtout l’histoire du 20e siècle, dense en évènements locaux et nationaux.
A la Belle Epoque, avant 1914, les revenus de l’agriculture s’étaient améliorés : les paysans propriétaires de leur ferme composée de 2 ou 3 vaches et de quelques moutons composaient l’essentiel de la population.
Les besoins en matériels agricoles et domestiques étaient assurés par des artisans et des commerçants, présents de génération en génération au village : maréchal-ferrant, sabotier, tisserand, tanneur, charron, charpentier, menuisier, maçon, tailleur, boulanger, épicier, cafetier...
Ailleux a ainsi traversé les âges avec calme et sérénité, connaissant çà et là des anecdotes heureuses et malheureuses. Un évènement aux conséquences nombreuses et irréversibles vint rompre cette quiétude séculaire : la guerre de 1914-1918.
La défaite française de 1870 avait insufflé un esprit de revanche dans la population : à partir des années 1880, l’école de la République éduquait les enfants dans le culte de la reconquête des provinces perdues, à savoir l’Alsace et la Lorraine.
La guerre de 1914 – 1918 mobilisa près de 70 hommes à Ailleux : 18 tombèrent au champ d’honneur et la moitié revint avec des blessures ou des mutilations plus ou moins graves.
La guerre de 1939-1945 ne fit pas de victime mais une vingtaine d’hommes se retrouvèrent prisonniers en Allemagne pendant 5 ans.
Les années 1955 – 1962 virent les conscrits d’Ailleux de l’époque partir pour l’Algérie pour un service militaire de 24 voire 28 mois.
Tracteurs et voitures firent leur apparition en 1960 ; le confort entra peu à peu dans les foyers : téléviseurs, réfrigérateurs, machines à laver. L’eau courante fut installée en 1962 ; l’électricité était là depuis 1927.
La population
D’une centaine d’habitants à l’époque Gallo-romaine, nombre estimé d’après les vestiges de fondations retrouvées en plusieurs lieux de la commune, la population a augmenté au fil des siècles pour atteindre un pic de 393 habitants au recensement de 1856. Les ordos de l’Evêché de Lyon indiquent 250 « communiantz » en 1209 puis 74 « feux » en 1680 (environ 300 habitants) et de nouveau 250 communiants en 1743 et 1788, 227 communiants en 1801, 308 en 1806.
Les recensements des 19e et 20e siècles renseignent d’une façon précise sur le nombre
d’habitants : 333 habitants en 1841, 370 en 1846, 385 en 1851, 393 en 1856, 362 en 1876, 385 en 1906, 372 en 1911.
L’exode rural amorcé à la fin du 19e siècle et la Première Guerre mondiale de 1914-1918 ont peu à peu vidé les campagnes. Ailleux n’a pas fait exception à ce phénomène. Le nombre d’habitants n’a jamais cessé de décroître au cours du 20e siècle. Ailleux perdit 41 habitants en une décennie (1911 – 1921) dont 18 tués à la guerre de 1914-1918 et 69 habitants en 15 ans dans les années 1946 – 1962.
331 habitants en 1921, 302 en 1936 , 286 en 1946, 217 en 1962, 185 en 1968, 191 en 1971, 134 en 1990.
La population s’est stabilisée à 150 habitants dans les années 2000, avant de s’accroître pour atteindre 182 habitants au dernier recensement de 2024.
Edouard Crozier & Robert Mazet
Mai 2016 (actualisation en 2024)


